Tu ne déroberas pas ma joie de vivre

Tu m’as volé des milliers d’heures de sommeil et tu m’as déchiqueté les entrailles.

Tu as torturé mes organes internes et tu as jeté un gros nuage brumeux sur mon cerveau.

Je suis restée tapie dans les ténèbres de la noirceur et de la solitude, car personne ne semblait comprendre le mal qui m’affligeait.

Tu m’as pliée en deux de douleur, moi qui a su rester droite et combative devant les misères et les claques de la vie.

Mes yeux et mon cœur ont versé des larmes et du sang à chacune de tes manifestations ravageuses.

Et que dire des couples que tu détruis sur ton passage, des activités sportives et sociales que tu broies, et de la solitude abyssale que tu nous fais subir, à nous, les endoguerrières.

Toi, endométriose, maladie vicieuse, ravageuse et sournoise, qui s’empare d’une femme sur dix en âge de procréer et qui entraîne des conséquences terribles sur leur bien-être physique et psychologique.

Oui, je me suis écroulée sur le sol de douleur lorsque tu m’assénais des coups de poignard.

Oui, j’ai hésité longtemps à ouvrir mon cœur à un homme, car je pensais ne pas être digne d’être aimée à cause de mon handicap caché et de mon corps mutilé.

Oui, j’ai mis des projets professionnels de côté, car j’étais en mode survie.

Mais tu ne réussiras pas à dérober ma joie de vivre, ni à me voler les quelques étincelles qui scintillent encore dans mes yeux tristes.

Je te regarde bien dans les yeux, endométriose, et je te dis que malgré le combat quotidien que je mènerai contre toi, tu ne réussiras pas à me faire taire.

Je vais me battre pour toutes celles qui se cachent au fond de leur lit, qui maudissent leur féminité et qui vomissent leur mal de vivre à chaque crise.

Je veux serrer dans mes bras mes endosœurs, sécher leurs larmes et apaiser leur souffrance, et leur offrir un espace sécuritaire pour parler de leur maladie.

Je veux faire éclater les tabous qui entourent ce mal invalidant, que plusieurs femmes dissimulent.

Je veux faire voler en éclats le sentiment de honte et d’inadéquation qui nous écrase, tuant le souffle de vie et d’amour, qui, tel un enfant insouciant, veut gambader allègrement, libre et léger.

Je me redresse, endométriose, contre toi et pour toutes les femmes que tu fais fléchir.

D’une endosoeur