Je te vois. Je t’entends. Je te comprends.

Un texte de Josiane Francoeur

 

Toi qui est prise avec cette maladie.

Maladie chronique.

Derrière ton sourire, je la vois ta détresse, physique et mentale.

Je le sais que tu es écœurée.

Tu fais comme si tout allait bien, tu te surprends même à te faire croire que tu n’as pas cette maladie là, puisqu’elle est tellement méconnue, invisible, non prise au sérieux.

Tu n’oses même pas partager ton diagnostic tellement t’a l’impression que ça sort de nulle part.

Parfois, tu te dis que c’est peut-être bien dans ta tête tout ça, comme le premier médecin que tu as vu pour tes douleurs. Celui qui t’a dit que c’était entre tes deux oreilles ce mal là et qui n’a jamais cherché à savoir ce qui te rongeait de l’intérieur.

Celui qui n’a pas osé te croire quand tu disais avoir tellement mal.

Tu veux bien croire que le mental peut jouer sur le physique, mais à ce point là. Non.

Au point de te réveiller la nuit, te faire coucher en boule par terre en braillant comme un bébé , parce que c’est comme si tu avais des coups de poignard qui te transpercent le ventre.

Non, c’est pas dans ta tête.

C’est ta maladie.

Ça aura prit plusieurs années avant de finalement rencontrer un médecin qui a su lire la détresse dans le fond de tes yeux, qui a vu que tu ne tenais plus à grand chose face à ça.

Un médecin empathique qui t’a prise au sérieux, qui a prit la peine d’investiguer.

Un médecin que tu ne cesses de vouloir remercier.

Qui t’a dit : on va aller voir plus loin!

Des imageries médicales, sur lesquelles on ne voyait rien de concret, parce qu’en plus, cette maladie, on la voit juste une fois qu’on ouvre le ventre!

Même sa présence n’est pas visible par le commun des mortels.

Tsé de quoi de compliqué, d’incompréhensible jusqu’au bout!

Donc, une évaluation des symptômes, en les empilant un à la suite de l’autre.

Un diagnostic : Endométriose.

Endo quoi ?

Endométriose.

Un mot sur tous tes maux.

Tu as finalement rencontré un spécialiste de la chose, et y’en a pas des tonnes des spécialistes de cette maladie là.

Tu réalises que tu n’es pas folle. Que ta douleur est réelle.

Que bien des choses sont causées par celle-ci.

Ta fatigue extrême.

Ton lever du lit le matin avec cette brûlure bord en bord du ventre que tu tentes d’éteindre à grand coup d’antidouleur, de morphine, d’hormones, de nouveaux traitements.

Tout ce sang que tu perds durant tes règles avec lequel tu pourrais faire une couple de transfusions sanguines.

Tes problèmes de transit intestinaux interminables.

Ta vessie qui te joue de vilains tours.

Tes maux d’estomac.

Toutes ces douleurs!

Et plus encore.

Chacune de vous, chacune de nous, touchées à des degrés différents. Une ne pouvant pas enfanter pour cause d’infertilité, une autre qui a peur de faire l’amour tant ça lui fait mal, une autre venant de se faire opérer parce qu’il y en avait partout jusqu’à son foie et ses poumons et une autre en arrêt de travail, tellement ça joue sur son mental.

Je sais que le plus dur la dedans, c’est l’incompréhension autour de toi, que personne ne comprend c’est quoi ce mal la, même la médecine n’a aucune solution pour toi.

De réaliser qu’il n’y en a pas de traitement, que tu vas devoir attendre la ménopause, pour respirer pleinement.

Je sais que c’est long longtemps, pis que par boutte, t’a juste envie de te l’ouvrir le ventre pis d’y aller toi-même brûler ces tissus là!

Mais lâche pas.

Dis-toi que tu n’es pas seule.

Car,

Je te vois, je t’entends, pis maudit que je te comprends!