Je suis la statistique

Un texte de Rachel Martin

Demain, 1er mars, commence le mois de sensibilisation à l’endométriose. J’aurais préféré être de celles qui partagent, remplie d’empathie et de compassion. Mais je suis plutôt celle qui sent le besoin, l’obligation de parler de cette maladie. De ce mal qui grandit sans cesse et qu’on ne peut que soulager. Je suis la statistique. Je suis le 1/10.

Je suis celle qui vit avec une bombe à retardement dans le milieu du ventre. Tic, tac, tic, tac. Je ne sais jamais dans quel état je me réveillerai le matin. Je peux difficilement faire des plans longtemps d’avance. La douleur me guette, dans l’ombre, et apparaît parfois sournoisement, s’immisçant dans des activités de la vie quotidienne, s’installant en moi sans que je ne puisse prévoir quand elle me quittera. Elle me torture le bas ventre, le dos, les jambes. Et elle m’use l’âme. Une douleur lancinante, quoique supportable, qui m’épuise, me rend irritable, fatiguée, amère.

Puis il y a souvent la douleur explosive. Forte, comme une tempête qui se crée en moi, dans mon corps qui s’attaque à lui-même. Des crises de douleurs parfois moins longues, mais ô combien souffrantes, où je suis clouée au lit, à me tordre, à me plaindre. À m’éteindre. Une bouillotte, des cachets, et le fervent espoir que le monde s’arrête, que l’on m’épargne, que l’on me délivre.

Mais on ne me délivrera pas.

Il n’existe pas de médicament, de traitement définitif à l’endométriose. On peut me remplir d’hormones. Me proposer la pilule contraceptive en continu. Ou me provoquer une ménopause chimique pour atténuer mes douleurs. Pour me donner un break. On peut aussi m’opérer pour tenter de retirer les tissus cicatriciels qui ont envahis mon abdomen. Mais le monstre est fort. Le monstre reviendra.

Et puis, il y a les conséquences qui sont intimement liés à cette maladie. Ici, l’infertilité. Le monstre a mangé mon rêve d’être mère. Il l’a grignoté, morceaux par morceaux, en me regardant dans les yeux et en me disant à quel point c’était délicieux. Il a fait de mon rêve un cauchemar duquel je ne peux pas vraiment me sortir.

Si vous connaissez quelqu’un qui souffre fort, longtemps, lors des périodes ovulatoires ou menstruelles;
Si vous connaissez des infertiles, tapis dans l’ombre, qui se questionnent et qui cherchent;
Si vous connaissez le conjoint ou la conjointe d’une femme qui souffre;
Soyez à l’écoute. Ne jugez pas. Laissez tomber les phrases toutes faites, surfaites.

Partagez. On n’est jamais assez sensibilisé! Et qui sait, peut-être qu’un jour, ils trouveront comment nous délivrer du mal.