Infirmière en souffrance

Un texte de Jisca Marcellin

J’ai 28 ans. Je suis infirmière depuis bientôt 3 ans. Aux urgences.

Les urgences signifient, entre autres, des situations critiques, aiguës, intenses et remplies d’incompréhension. Oui, comme l’endométriose : des douleurs aiguës, intenses et un quotidien remplit d’incompréhension.

« Pourquoi moi? Comment le mal peut être si fort? Comment faire pour continuer à vivre normalement? »

Je ne pensais pas que de côtoyer la douleur quotidiennement allait finir par m’affecter à ce point. Voir les gens obtenir des solutions, plusieurs options de traitement, des médicaments qui les aident… Des réponses, tout simplement! De côtoyer tout ça me rend amer envers mon propre corps. M’épuise émotionnellement.

Je crois qu’en tant qu’endogirl on mérite parfois de se faire dire : « Oui ma belle, c’est injuste. Non, tu ne méritais pas ça. Oui tu as le droit d’être en colère! »

Je ne dis pas que les messages d’espoir n’ont pas leur place, mais le soutien passe aussi par l’acceptation des émotions négatives que nous pouvons vivre. Et je crois que nous devons les exprimer. Dans un endroit sécuritaire et sans jugement. Et s’en libérer.

« Bonsoir. Je m’appelle Jisca. C’est moi votre infirmière. Votre douleur est à combien de 0 à 10? À zéro vous n’avez aucune douleur et à dix vous êtes entrain de vivre la pire douleur imaginable. »

Moi, ce soir, elle est à 8… Et je n’en peux plus.