Ma vie sur le chemin de l’endométriose

Un texte de Sharell Dupras

J’ai 13 ans, mes sous-vêtements sont tachés de sang, on me dit que je suis devenue une femme. Je ne saisis pas encore la signification de cette nouvelle responsabilité. Ce que je sais, c’est que je m’absente déjà de l’école, j’ai mal au ventre. C’est le début d’un combat.

J’ai 16 ans, on me diagnostique l’endométriose par le biais d’une laparoscopie. J’ai la vie devant moi, je ne crains pas encore l’infertilité, ma vie a pris un chemin différent, je l’ignore.

J’ai 28 ans, la laparoscopie est devenue une opération habituelle pour moi. Une opération qui a failli me coûter la vie. J’ai fait une embolie pulmonaire postopératoire. Le traitement pour me rétablir de cette complication a duré un an. Les risques de récidives lors d’une grossesse étant augmentés, le risque lié à une autre embolie pulmonaire à la suite d’un accouchement par césarienne aussi, j’ai tranquillement accepté l’idée que d’avoir un enfant serait impossible.

Chaque mois de chaque année depuis 16 ans, je vis au rythme de l’endométriose. Ça fait partie de moi. Je déroge à mes obligations professionnelles, amicales et familiales, je dois expliquer la maladie, ses symptômes et surtout la gravité de son impact sur ma vie.

Je marque ces journées de rouge sur un calendrier qui me suit depuis trop longtemps. J’appréhende la douleur une semaine avant son commencement. Le jour fatidique, un mal sourd envahit mon corps, toutes mes pensées sont dirigées vers mon état. J’en veux à la terre entière. À maintes reprises, j’ai souhaité mourir pour ne plus ressentir cette douleur.

À bout de force, l’hôpital a souvent été mon seul salut.

J’ai maintenant 32 ans, je souffre d’endométriose de stade 4.

Le pire dans tout ça, c’est l’incompréhension face à cette maladie. « Pourquoi moi? Pourquoi tant de douleur? Pourquoi il m’est impossible d’avoir un enfant? Il me semble que j’aurais fait une bonne mère… »

Cependant, j’ai choisi de ne pas me laisser démolir. Avec le temps et beaucoup de résilience, le besoin d’être mère est de moins en moins criant, même s’il laissera toujours un vide dans ma vie. Un vide que seules les personnes affectées du même peuvent comprendre.

Sachez toutefois que j’aurai toujours un pincement au cœur à l’annonce d’une grossesse dans mon entourage, qu’il est routinier de regarder mon calendrier avant de prévoir une activité, qu’il y aura toujours cette semaine durant laquelle je suis « hors fonction », que j’aurai toujours cette tristesse dans les yeux à la vue d’un enfant.

À l’aube de mes 33 ans, je suis toujours atteinte d’endométriose, mais je ne me définis pas à travers elle.